
Le littoral sauvage du Var associe maquis méditerranéen, pins d’Alep et criques protégées comme celles de l’Escalet et de Bonporteau, gérées par le Conservatoire du littoral. Cet espace abrite une faune et une flore adaptées au vent et au sel, tandis qu’un programme de renaturation restaure les dunes de Pampelonne, fragilisées par l’érosion.
Le littoral sauvage du Var associe maquis méditerranéen, pins d’Alep et criques protégées comme celles de l’Escalet et de Bonporteau, gérées par le Conservatoire du littoral. Cet espace abrite une faune et une flore adaptées au vent et au sel, tandis qu’un programme de renaturation restaure les dunes de Pampelonne, fragilisées par l’érosion.
En quinze ans à arpenter la presqu’île, j’ai vu les effets de l’érosion progresser à vue d’œil sur les dunes de Pampelonne, à quelques kilomètres seulement des criques rocheuses de l’Escalet. Ici, le maquis et les pins d’Alep ne sont pas un simple décor : ils retiennent des sols fragiles, sur un littoral aujourd’hui géré par le Conservatoire du littoral pour limiter la pression du piétinement et du sel.
Le maquis et les pins d’Alep, une végétation qui tient tête au vent
Sur les sentiers qui longent la presqu’île de Saint-Tropez, la végétation change au fil des pas. Près de l’eau, le maquis reste bas : ciste cotonneux, romarin sec, genévrier accroché aux fissures des rochers. Ces plantes supportent le sel porté par le vent et la sécheresse de l’été varois. Dès qu’un vallon ou un pli de terrain coupe les embruns, le pin d’Alep prend le relais. Son tronc tordu, sa silhouette penchée racontent des années de mistral. C’est une espèce pionnière : elle s’installe sur des sols pauvres, souvent après un incendie, et prépare le terrain pour d’autres essences plus lentes à pousser. Les racines du maquis, entremêlées, retiennent une terre fine et caillouteuse qui glisserait sinon vers la mer à chaque pluie d’automne. On remarque vite le contraste entre les versants exposés au large, où la végétation rase domine, et les combes abritées, plus vertes, où les pins forment une ombre continue. Ce n’est pas un décor figé : après un feu, le maquis repart en quelques saisons, plus dru, avant que les pins ne reprennent doucement leur place. Marcher ici, c’est lire les reprises d’un paysage habitué à se refaire.
L’Escalet et Bonporteau, deux criques sous la vigilance du Conservatoire du littoral
À la pointe sud de la presqu’île, passé Ramatuelle, le sentier du littoral dessert deux criques qui n’ont pas grand-chose à voir avec les plages aménagées de Pampelonne. L’Escalet ouvre sur une baie de galets et de sable clair, encadrée de rochers de granit rose. Un peu plus loin vers l’ouest, Bonporteau se niche entre deux caps, presque invisible depuis le large. Les terrains qui bordent ces criques appartiennent en grande partie au Conservatoire du littoral, établissement public créé en 1975 pour racheter des rivages menacés par la pression immobilière et les soustraire durablement à la construction. Sur cette portion de côte, l’achat de parcelles a permis de garder des accès naturels, sans mur ni parking au ras de l’eau. Le sentier qui relie les deux criques traverse un maquis dense, puis longe un moment les hauteurs, là où quelques hôtels discrets, comme celui niché au-dessus de l’Escalet parmi les pins, profitent de la vue sans empiéter sur le rivage. On y marche une bonne demi-heure entre les deux plages, en croisant plus de lézards que de promeneurs hors saison.
Les espèces qui vivent sur ce bord de mer préservé
Le littoral varois, entre rochers battus par le vent et dunes sableuses, abrite des espèces habituées au sel, à la sécheresse et aux embruns. Quelques exemples observables le long du sentier :
- La fauvette pitchou, petit passereau au ventre roux, niche bas dans le maquis et ne s’éloigne guère des cistes et des genévriers qui la cachent des prédateurs.
- Le goéland leucophée, reconnaissable à son bec jaune et ses pattes claires, occupe les pointes rocheuses de l’Escalet et de Bonporteau, où il niche à même la pierre.
- L’oyat, graminée aux longues feuilles rêches, pousse sur les dunes de Pampelonne. Ses racines profondes retiennent le sable et freinent son envol par le vent.
- Des lézards des murailles filent entre les pierres chaudes du sentier, actifs surtout le matin, avant que la chaleur ne les pousse à l’ombre du maquis.
- Des insectes pollinisateurs, abeilles solitaires et papillons, profitent des fleurs de romarin et de ciste, nombreuses au printemps sur les pentes exposées au sud.
Ces espèces partagent une même contrainte : composer avec un sol pauvre, un vent constant et une eau rare une bonne partie de l’année.
Pampelonne, une plage rongée par l’érosion
Face à Saint-Tropez, la plage de Pampelonne, sur la commune de Ramatuelle, déroule 4,5 km de sable fin. Cette longueur a longtemps masqué une fragilité bien réelle. Pendant des décennies, des établissements de plage et un hôtel près de la plage de Pampelonne se sont installés au plus près de l’eau, parfois directement sur le cordon dunaire. Or c’est justement cette bande de sable et de végétation qui protège la plage : sans elle, plus rien ne retient le sable face aux tempêtes de fin d’année. Le piétinement quotidien, ajouté à la disparition progressive de l’oyat et des plantes fixatrices, a fragilisé des dunes déjà minces. Les coups de mer d’automne et d’hiver, en Méditerranée souvent brefs mais violents, ont grignoté le haut de plage par endroits, exposant parfois les bases d’installations posées trop bas. Rien d’irréversible en soi : une dune méditerranéenne se reconstitue vite si on lui laisse de la place. Mais l’accumulation d’aménagements légers, renouvelés chaque saison, a longtemps empêché ce cycle naturel de reprendre son cours.
Le programme de renaturation, une dune qui se reconstitue
Face à ce constat, la commune de Ramatuelle a engagé, depuis le début des années 2020, un plan de requalification du site de Pampelonne. Les établissements de plage ont dû reculer leurs installations pour libérer une bande de sable laissée à la végétation. Des plants d’oyat ont été réintroduits sur les zones nues, accompagnés de ganivelles, ces barrières basses en bois qui freinent le vent et piègent le sable au lieu de le laisser filer vers le large. La circulation des piétons a été canalisée sur des cheminements en bois surélevés, pour éviter que chaque passage n’arrache un peu plus de végétation naissante. Les résultats se lisent lentement : une dune ne se reconstruit pas en une saison, elle a besoin de plusieurs hivers pour que le sable se stabilise et que les racines tiennent en profondeur. Sur place, on observe déjà des touffes d’oyat reprendre pied là où il n’y avait plus que du sable nu. Le projet reste progressif, sans échéance annoncée, à l’image d’un littoral qui se répare pas à pas plutôt que d’un chantier fermé.
En résumé
Quelle est la différence entre une crique et une calanque ?
La calanque désigne un vallon étroit et escarpé partiellement submergé, typique du pourtour méditerranéen, alors que le terme crique s’emploie plus largement pour une petite baie abritée, sans exiger le relief encaissé de la calanque.
Le sentier du littoral est-il accessible toute l’année entre l’Escalet et Bonporteau ?
Le sentier du littoral peut être fermé temporairement en période de risque d’incendie élevé, généralement en plein été, selon arrêté préfectoral.
Pourquoi planter de l’oyat sur une dune ?
L’oyat possède un système racinaire profond qui retient le sable et limite son envol, ce qui en fait la plante de référence pour stabiliser un cordon dunaire dégradé.
Le Conservatoire du littoral est-il propriétaire de toute la presqu’île de Saint-Tropez ?
Non, le Conservatoire du littoral possède des parcelles ciblées rachetées au fil des décennies, pas l’ensemble de la presqu’île, qui reste en partie privée ou communale.
Le littoral varois se lit à hauteur de sol : la résistance du pin d’Alep face aux embruns, la discrétion des espèces qui nichent dans le maquis, la lenteur d’une dune qui se reconstruit à Pampelonne. Observer ces criques protégées, c’est aussi respecter les sentiers balisés et les zones de renaturation, pour que le travail du Conservatoire du littoral porte ses fruits sur la durée.
